Stéphanie Gicquel, née en 1982 à Carcassonne, avocate d’affaires de formation, est une adepte de la course d’ultrafond et championne de France des 24 heures en 2018. Elle est également exploratrice et écrivaine. Elle nous fera l’honneur de sa présence samedi après-midi au sein du Village Marathon (où elle présentera son livre) et le lendemain au départ de l’épreuve reine. Entretien avec une championne !

Stéphanie, nous aimerions que vous vous présentiez, pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, qui êtes-vous ? 

Je pratique la course à pied sur très longue distance, principalement des ultra-trails, mais aussi le 24h sur route dont j’ai remporté les Championnats de France en 2018, et je réalise des expéditions sportives. Il y a cinq ans, j’ai notamment parcouru plus de 2.000 km à travers le continent Antarctique via le pôle Sud en 74 jours par des températures qui sont descendues à -50°C. Cette expédition reste à ce jour la plus longue expédition réalisée par une femme en Antarctique à pied sans voile de traction (Guinness World Records). 

Lorsque j’étais enfant, je ne voyageais pas et c’était mon rêve : voir Paris et découvrir le monde. J’ai grandi dans la banlieue de Toulouse, je suis montée sur Paris à la fin de mes études et j’y suis restée pour mon activité professionnelle. La course à pied est alors devenue un moyen de trouver un équilibre de vie, une bulle d’oxygène lorsque mon activité professionnelle était trop prenante. Je me suis rapidement projetée sur des distances assez longues car cela me permettait de parcourir de grands espaces, de faire corps avec la nature. 

Au fur et à mesure de ces expériences, j’ai couru plus longtemps, plus vite, j’ai appris à mieux me connaître et j’ai pris conscience de la capacité d’adaptation du corps humain. Il y a quelques années, je ne me projetais pas sur la pratique de l’athlétisme à un niveau international (24h – 215,3 km IB). Et aujourd’hui je suis convaincue que je peux aller plus loin en continuant à m’entraîner et à travailler le volume et l’intensité.  

Vous allez venir sur le village du Marathon de Nantes pour parler de votre livre, pouvez-vous nous le présenter brièvement et expliquer pourquoi vous l’avez écrit ? 

« On naît tous aventurier » (Editions Ramsay, 2018) est mon deuxième livre. 

Sur fond de road-trip en Patagonie, je partage dans ce livre quelques expériences de changements que j’ai vécues, de la banlieue toulousaine à Paris, des bancs d’une prépa et d’une Grande Ecole au chemin périlleux des expéditions polaires, jusqu’aux extrémités glacées de la planète, des cabinets d’avocats sur les Champs-Elysées aux sentiers d’ultra-trail et conférences à travers le monde. Cette longue échappée de la Patagonie Atlantique jusqu’à la Terre de Feu est un chemin introspectif, un moyen aussi de partager ces expériences, notamment mes entraînements pour un marathon autour du pôle Nord géographique par -30°C à -40°C, les 70 heures d’effort hebdomadaire pendant près de trois mois pour venir à bout d’une expédition au cœur de l’Antarctique, la plénitude ressentie sur des ultra-trails, notamment sur le Grand Raid du Morbihan la première fois que j’ai franchi la ligne d’arrivée et la fois où j’ai franchi la ligne d’arrivée la première.  

J’ai écrit ce livre comme une invitation. Pour inviter chacun à dessiner son propre chemin, un chemin jalonné d’aventures professionnelles, familiales, entrepreneuriales, sportives. Et oser faire le premier pas. Je suis convaincue qu’on apprend toujours plus lorsqu’on est en mouvement. 

Pouvez-vous nous parler du World Marathon Challenge auquel vous avez participé ? 

J’ai participé en février 2019 au World Marathon Challenge, une compétition d’ultra-distance par étapes à laquelle participent des athlètes venus du monde entier et qui consiste à courir sept marathons en sept jours consécutifs à travers le monde. J’ai couru les sept marathons, près de 300 km au total, en 25h42, soit 3h40 en moyenne par course. J’ai acquis durant cette compétition une meilleure connaissance de moi-même, de mes facultés de récupération, d’adaptation et de la discipline que je pratique, ce qui est très utile aujourd’hui pour adapter mes entraînements en vue des prochaines échéances. 

 Je cours régulièrement des longues distances mais cette compétition était différente car elle est organisée par étapes, ce qui implique une allure plus soutenue et une bonne gestion des phases de récupération (sommeil, nutrition, récupération musculaire). Le fait de sortir de sa zone de confort permet d’acquérir plus de connaissance et de confiance en soi, et de continuer à grandir. 

La préparation pour ce type de compétitions d’ultra-distance a plusieurs facettes. Il faut se mettre en mode gestion de projet pour en prendre le départ et atteindre l’objectif que l’on se fixe. 

La préparation physique est évidemment indispensable (volume, séances de qualité, renfo, etc.). Je me suis préparée aussi à m’adapter aux variations importantes chaque jour des conditions de course – comme par exemple courir un marathon au Cap en Afrique du Sud sous une forte chaleur, 35°C environ au soleil, quelques heures après avoir couru un marathon sur la glace de l’Antarctique, et avant de courir un marathon à Madrid avec une dizaine de passages par une côte à 7%. Je me suis préparée spécifiquement à l’INSEP, avec notamment des séances d’acclimatation et de simulation en chambre thermique, en chambre froide, en hypoxie. 

La préparation mentale est aussi importante. Sur une distance aussi longue, je pense qu’il est essentiel de visualiser en amont les hauts et les bas. Comme je l’écris dans mon dernier livre, « la visualisation, ce n’est pas uniquement imaginer l’objectif atteint et l’accomplissement ressenti. L’objectif risquerait alors de rester pour toujours un idéal. C’est aussi et surtout se projeter dans les moments les plus difficiles, dans les épreuves qu’il faudra surmonter pour faire de cet idéal une réalité. Lorsque je me fixe par exemple comme objectif de franchir la ligne d’arrivée d’une compétition de course à pied sur longue distance, une distance telle qu’il me faudra courir près de vingt-quatre heures et parfois plus, je visualise plusieurs semaines auparavant l’ambiance sur la ligne de départ, l’énergie collective dégagée par les coureurs, le soutien du public le long du chemin, les paysages magnifiques, la ligne d’arrivée et cela me donne un supplément d’énergie. Des ressources dans lesquelles je puise pour m’entraîner plus encore, me préparer physiquement avant de rejoindre la ligne de départ. Je visualise aussi la pluie oblique qui traversera les vêtements, la frontale qui éclairera à peine le sol jonché de racines, la chute que j’aurais dû éviter, le mal de ventre en fin de nuit, la solitude, ce frottement à peine perceptible il y a quelques heures et cette ampoule désormais lancinante. Les jambes qui disent stop. La douleur qui permet au doute de s’enraciner puis de grandir. Ces milliers de kilomètres courus au fil des années m’ont appris que la première source d’abandon lors des épreuves d’endurance n’est pas une préparation physique insuffisante, mais bien plus souvent un mental défaillant. Alors je m’efforce de visualiser le chemin tel qu’il sera, avec des hauts et des bas. Cette préparation mentale me permet le moment venu de gommer les manifestations émotives inutiles pour rester concentrée sur l’objectif à atteindre. Ne pas s’enflammer les jours de beau temps, ne pas reculer les jours de tempête et ne pas s’éteindre sous la pluie diluvienne ou le crachin amer. » 

Enfin, j’accorde beaucoup d’importance à la préparation logistique. Bien préparer mes équipements, mes ravitaillements, avoir la meilleure connaissance possible du parcours et anticiper les différentes contraintes qui y sont associées.

Avez-vous pour projet de courir le Marathon de Nantes cette année ? 

Je vais courir l’édition 2019 du Marathon de Nantes. Je participe à des marathons et trails (60-80 km) au printemps, comme par exemple l’EcoTrail 80k que je viens de courir, afin d’accumuler du volume à une allure plus soutenue qu’en ultra-fond et me préparer à des ultra-trails et courses d’ultra-distance sur route programmés à partir du mois de juin. Mais je n’ai jamais effectué une préparation spécifique marathon, cela fait plutôt partie de mon entraînement pour l’ultra-distance. 

Quel est votre prochain défi sportif ?

 Je prépare les Championnats du Monde d’athlétisme dans la discipline du 24 heures. Ils auront lieu en octobre prochain. D’ici là, j’ai prévu plusieurs compétitions, notamment le Grand Raid du Morbihan en juin (177 km), auquel je participe chaque année, qui seront autant d’opportunités d’apprendre pour continuer à progresser.  

Je partagerai ma préparation pour ces prochaines échéances sur ma page Facebook

 

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